Le Triplan Battaille  


 

 

Le triplan Battaille tel qu'il était à son arrivée au Musée de l'Air de Bruxelles.

 

 

Le triplan Battaille tel qu'il était le10 août 1911.

Illustration représentant le triplan sous sa seconde forme.

 

Autre photo du triplan, prise par M. Désiré Delforge, photographe à Basècles.

 

Découverte d'un précurseur

Triplan dont les ailes inférieures et supérieures étaient à incidence variable, il fut essayé en 1912 par le pilote français François Chassagne.

Il fut construit et breveté en 1911 par César Battaille, inventeur à Basècles (Hainaut).

En 1972, la famille Battaille fit don des éléments subsistants de l'appareil original à la section Air du musée de l'Armée de Bruxelles.

Après de nombreuses années de travail, ce témoin des débuts de l'aviation a retrouvé son état d'origine et sera bientôt exposé dans un stand créé spécialement pour lui.

Les quelques pages qui suivent retracent l'histoire de cet appareil ainsi que sa remise en état par quelques passionnés.

 

Origine et contexte historique

C'était l'époque des débuts de l'aviation. Celle-ci n'avait guère dépassé le stade expérimental.

Les constructeurs, souvent pilotes, manquant perpétuellement de fonds, recherchaient les concours afin d'y remporter les prix souvent conséquents.

A la recherche de publicité, différentes villes organisent des meetings aériens dotés de récompenses alléchantes. En 1909, le meeting de Reims put avoir lieu grâce à la générosité des grandes marques de Champagne groupées dans un comité présidé par le marquis de Polignac.

Elles dotèrent les concours de prix s'élevant au total à 200.000 francs-or. A titre indicatif, le prix d'un Farman de l'époque était de 25.000 francs-or.

 

Photographie d'époque coloriée, cette illustration nous montre l'avion tel qu'il sera une fois sa restauration terminée.

 

 

Etat du triplan lors de sa réception.

1990, une fois le fuselage remis en état, l'équipe s'attaque au train.

 

Structure du train presque complète, pièces de renfort en place.

Le renom des firmes organisatrices confère à la Semaine de Reims un prestige international qui dut attirer les foules à la plaine de Bétheny, aux portes de la ville, du 22 au 29 août 1909.

Blériot venait de traverser La Manche. On le retrouve au meeting aux côtés des pilotes les plus en vue du moment: Farman, Latham, Curtiss, Paulhan, etc...

Quelques temps plus tard se déroula sur la Plaine des Manoeuvres la semaine d'aviation de Tournai du 5 au 14 septembre. Plusieurs pilotes étaient inscrits : Paulhan sur Farman, Brégi, Lastemas, Bonnet-Labranche sur Blériot et quelques aviateurs locaux : Vandamme sur planeur Serive, Henri Crombez sur monoplan Debongnies et le toumaisien Walter Bulot qui présentait son triplan.

Le meeting fut contrecarré par le mauvais temps et seul Paulhan, sur son Octavie III, put effectuer quelques beaux vols, dont un Toumai-Froidmont, soit 12 km en dix minutes et un vol jusqu'à Taintignies, où il atterrit près du château de Monsieur H. Crombez, bourgmestre de la localité et père de Henri Crombez.

Ce dernier tente d'enlever le Debongnies type A à moteur Anzani de 18 HP. Ce serait le premier monoplan de construction belge à s'élever dans les airs.

Vandamme fut moins heureux. Le dimanche 12 septembre, vers 15 heures, s'étant élevé avec le "hang-glider" Scrive jusqu'à une altitude de 30 mètres, il fut brutalement rabattu par un vent soufflant à plus de 9 m/seconde et grièvement blessé.

Walter Bulot tenta vainement de faire décoller le triplan de sa construction. Bien trop lourd, l'avion put tout au plus, dans l'après-midi du lundi 13 septembre, rouler cent mètres mais sans quitter le sol, "devenant la cible des quolibets et des chansonniers".

 

Naissance du triplan Battaille

 

 

Construction du réservoir, à gauche Bruno Dona, à droite René Vanderidt

 

 

Parmi les nombreuses pièces à manufacturer, le radiateur.

Etat du triplan en 1994.

 

Une autre vue du triplan en 1994.

Est-ce, à Reims, la vue de l'Antoinette ou, à Tournai, la présentation du triplan Bulot qui inspirèrent César Battaille.

 

On ne peut préciser quand il traça les esquisses et décida de construire son avion.

C'est dans l'atelier de sculpture de César Battaille que fut élaboré l'avion et que furent réalisées les petites pièces.

Nous n'avons pu retrouver que quelques pauvres croquis, forts abîmés et non datés. Des plans auraient existé. Nous possédons également une copie du brevet.

Il faut signaler que les plans joints à la demande de brevet sont inexacts si on les compare à l'appareil existant. Cela était chose courante à l'époque. Feu Monsieur Henri Bollekens, constructeur d'avions de 1910 à 1917, nous conta que les premiers concepteurs d'avions, pour réduire les risques de plagiat ou de concurrence, ne révélaient que des plans tronqués ou truqués.

L'avion fut construit par Henri Jonnieaux, plus que probablement avec l'aide d'Alfred Bertiaux, mécanicien à l'usine Battaille de Basècles. La construction s'étala sur les années 19 10 et 1911.

Si l'on s'en réfère à la note manuscrite figurant au dos de la photographie montrant l'avion de face, le premier vol eut lieu le 16 août 1911.

Les essais du triplan Battaille continuent. Vola-t-il vraiment ? Effectua-t-il plutôt des sauts de puce ? Le père de César, Octave Battaille souhaitant réduire les risques lors des essais effectués par son fils, avait diminué les crédits destinés à l'achat du moteur, limitant ainsi sa puissance.

Un moteur Gregoire (GYP) quatre cylindres fut acquis. La puissance limitée ne devait permettre que de très brefs vols. Le triplan dut continuer ses essais muni de son moteur GYP de 40 HP. Il fut modifié continuellement.

 

Une des ailes originales est retrouvée au plafond d'un garage abandonné.

 

 

Les nombreuses nervures des ailes manquantes en cours de construction.

Construction des ailes: les nervures sont mises en place le long des longerons.

 

Un des premiers avions en face de l'un de ses puissant descendant.

Lors des essais des premiers aéroplanes, des modifications, souvent de fortune, intervenaient sur le terrain, parfois au cours d'une même journée.

La première guerre mondiale mit fin aux essais de l'avion. Il devait être en réparation à ce moment, car lorsqu'on le retrouvera, il était démonté et la partie antérieure du fuselage était en partie neuve (réparation des longerons principaux).

La guerre terminée, César Battaille délaissera bombes et avion pour se consacrer à ses activités industrielles et surtout artistiques.

Le triplan, démonté, fut suspendu dans un hangar peu fréquenté de l'usine de Basècles. Couvert de poussière, il s'y déformait et se dégradait lentement.

 

Le triplan Battaille à la Section Air

A la fin de l'année 1971, grâce à l'action du Commandant Verelst, l'avion fut décroché et cédé au Musée.

Il était dans un triste état : un fuselage incomplet, tordu, mais dont l'ossature était saine, des restes d'empennage avec des reliquats de toile. C'était tout et bien peu. Vu l'absence de plans, c'était beaucoup : l'avion existait.

Les seuls documents disponibles étaient :

  • la demande de brevet, peu fiable quant au plan;
  • des photographies d'origine - format 9 x 13

Vu le délabrement de l'appareil, il fut décidé de le sauver au plus vite. Le fuselage fut mis sur gabarit, démonté, nettoyé, vernis et remonté. L'empennage fut restauré, les pièces manquantes ou trop abîmées étant remplacées.

Se basant sur les seuls documents existants, le train d'atterrissage fut redessiné et reconstruit. Il fallut renouveler le revêtement inférieur du fuselage, refaire une toute nouvelle partie supérieure, le siège, le volant et les mâts.

Le palonnier d'origine et les commandes furent complétées. Le réservoir fut reconstruit ainsi que le radiateur.

 

 

Le triplan Battaille en 1998, complet et prêt à être entoilé.

 

 

Vue de trois-quarts avant.

Préparation des ailes à l'entoilage, fin 1997.

 

Entoilage des ailes.

Ne possédant pas de moteur Grégoire 4 cylindres, nous jetâmes notre dévolu sur un moteur d'époque dont l'empattement correspondait parfaitement au bâti du triplan : un moteur Chenu de 1908-1910.

 

Au printemps 1991, Monsieur Winders, petit-neveu de l'illustre inventeur et directeur des Usines Battaille à Basècles, fait savoir que, lors de travaux d'aménagement d'une partie assez ancienne de l'usine, des ouvriers ont découvert une aile suspendue au plafond d'un garage abandonné.

Cette précieuse relique, en fait l'aile supérieure du triplan, fut récupérée par une équipe du BAMRS.

L'aile, en excellent état de conservation, comporte des longerons en spruce et des nervures de chêne fixées au moyen de vis. Un tube métallique, courant sur toute la longueur de l'aile, assure la rigidité et permet la rotation du plan.

Il faut cependant noter que cette aile ne comporte que 22 nervures. Or les photos permettent d'en compter 26. Est-ce une dernière modification ou est-ce une aile de réserve qui ne fut jamais, ou rarement, utilisée ?

Elle possède ce grand mérite d'exister, de nous donner le profil exact des nervures, les méthodes de construction utilisées et de nous expliquer en partie le mécanisme qui commande la rotation des axes des ailes supérieures et inférieures.

Par extrapolation, on dessina le profil des ailes médianes, fixes, plus profondes et plus grandes et on put reconstruire les ailes inférieures et médianes.

En 1998, la restauration du triplan Bataille est enfin terminée... du moins la structure.

L'entoilage demandera encore beaucoup de travail, dont la construction d'une machine pouvant produire des centaines de rondelles d'un type spécial.

 

Le moteur Chenu, son hélice et le radiateur finalement en place.

 

 

Montée du fuselage sur la Mezzanine.

Stand Battaille

 

Stand Battaille

Sa restauration une fois terminée, le triplan Battaille devait être mis en valeur dans un cadre évoquant les autres réalisations de son inventeur, César Battaille.

Après une longue attente pour une grue capable de monter au premier étage du Grand Hall l'encombrant ancêtre, le stand Battaille a été construit par des bénévoles voltigeurs.

Le stand, protégé par un vélin destiné à le protéger de la guano des poussière et autres crasses fort abondantes dans le secteur, met en valeurs le triplan et quelques plâtres de sculptures récupérés dans l'ancien ateliers Battaille.

 

L'activité présente et passée de la famille Battaille dans les engrais est évoquées à l'aide de quelques sacs "d'origine".

 

 

 

 

 


Brussels Air Museum Restoration Society (BAMRS)

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