Un abattu Allemand abattu en mer.

 

 

L'Aviatik à marée basse. (Fonds Robert Thys)

La Panne, 21 Mai 1916. (Fonds Robert Thys)

 

Les restes de l'Aviatik hors de l'eau. (Fonds Robert Thys)

 

Histoire de l'Aviatik C-I 227/16 w/n 832

En 1975, Pierre Cryns découvrit parmi les trésors du musée de l'armée les restes d'un avion unique au monde, un Aviatik C-1.

Fruits de longues recherches, voici l'histoire de cette épave, oubliée depuis plus de 50 ans, vue par le biais des documents et témoignages de l'époque:

 

Extrait de RAPPORT JOURNALIER, Aviation militaire belge

Le 20 mai l9I6, vol de nuit Cne JACQUET - Lt ROBIN 20h05- 20h50 - 2300 G.Q.G.

"Nous nous sommes trouvés au large de La Panne au milieu d'une dizaine d'avions ennemis. Avons attaqué successivement 5 avions ennemis. Le 1er à 300 m, le second à 75 m au-dessus de nous; il a fortement piqué, Le 3ème à 15 m, nous l'avons abattu; il est tombé en face de Nieuport-Bains à 2 km en mer. Deux passagers à bord. A 100 m de nous l'observateur avait tiré une dernière fusée. Au-dessus du plan central il y avait une lumière rose qui nous a fait l'effet d'une traînée lumineuse comme une chevelure. Cette lumière nous a permis de suivre la trajectoire de l'avion touché jusqu'à l'eau. Il est tombé à peu près verticalement. Un Fokker durant ce temps est venu à 20 m au-dessus de nous; il nous a mitraillés; avons été touchés . Attaqué le 4ème boche à 300 m de nous, puis un 5ème A 100 m de ce dernier, la mitrailleuse a coincé. Tous ces avions ennemis avaient au-dessus du plan central la lumière rose dont il est question ci- dessus. Ils voyageaient en moyenne à 2300 m De temps en temps ils tiraient des fusées blanches et rouges apparemment pour rester groupés. Ce système nous a permis de les retrouver facilement dans la mi-obscurité."

NB : l'avion belge était un Farman F4

 

Un attelage d'artillerie emporte les restes de l'avion vers la digue. (Fonds Robert Thys)

 

 

Houtem, Mai 1916

 

Auto-canon Dion Bouton, armée d'un canon de 75mm modèle 1897 !

Courrier de l'armée

Sur le front belge. Semaine du 21 au 26 mai 1916.

Aviation : le 20 mai, au soir, au cours d'un combat aérien au large de Nieuport, un avion belge abattit un avion allemand qui tomba en mer. Un autre appareil ennemi, touché par le tir de nos pièces antiaériennes tombe également en mer ; les occupants se noyèrent ; l'avion put être ramené sur la plage.

Commandement de l'armée belge

Annexe au B.I. du 22 mai 1916, lIe Bureau

L'avion abattu en mer devant St-Idesbald dans la nuit du 20 au 21 mai est de type Aviatik, modèle 1915 avec moteur Mercedes de 160 HP.

Biplace avec pilote à l'arrière. Deux supports pour mitrailleuses placés latéralement et pouvant glisser le long d'une tringle. La mitrailleuse tire donc uniquement de côté.

Trois lance-bombes (bombes de 10 kg), placés à côté du pilote mais pouvant être aussi maniés par l'observateur. Ces lance-bombes ne consistent qu'en un tube de tôle, sans organe de visée. Une ouverture placée entre les pieds de l'observateur permet le lancement de projectiles de moindre dimension.

A bord ne se trouvaient ni appareil photographiques ni appareil de TSF. Les autres appareils de bord sont d'un type connu. Le barographe accusait un vol d'une durée de 20 minutes avant la chute, qui paraît provoquée par une atteinte de shrapnel. La chute, d'une hauteur de 1800 m, s'est faite en 7 minutes.

Aucune indication concernant l'escadrille n'a pu être recueillie à bord de l'appareil.

Extrait du bulletin d'information du 22 mai 1916

L'appareil est tombé en mer en face de St Idesbald et a été ramené à la côte. Après examen, il sera expédié au Havre.

 

Le poste de pilotage d'un Aviatik flambant neuf.

 

 

Le poste de l'observateur, avec ses boîtes à fusées et les rails de mitrailleuses.

Le champ de tir des mitrailleuses était limités par des guides pour limiter la casse.

 

Vue d'ensemble d'un Aviatik C-I.

En Belgique, la zone de l'avant

tableaux, portraits et paysages 1915-1916 par Henri Malot, librairie académique Perrin et Cie

Le lendemain, au petit jour, sur la vaste grève, l'eau de la marée montante couvrait peu à peu une épave, un avion ennemi touché par les nôtres et tombé là. Le canot de sauvetage tenta de le ramener, sans succès ; car le poids de l'épave était trop lourd. On ne put cette fois que sauver quelques agrès et lever suffisamment une aile pour prendre le numéro de la machine abattue.

A la pleine mer, un petit remorqueur et deux barques réquisitionnées reprirent la besogne, soulevèrent l'avion et réussirent à le conduire aussi près du bord que le permit leur tirant d'eau.

La marée descendante échoua définitivement l'épave qu'elle abandonna sur le sable avec l'air piteux d'un oiseau mouillé, aux ailes disloquées. Tout d'abord, on ne découvrit nulle trace des aviateurs. Plus tard, le flot rejeta leurs corps. "

Extrait de la lettre de Jan Wuyts

A cette date, j'étais à l'AAA 1er SAC (section autos-canons). C'étaient des 75 Français spécialement renforcés et montés sur auto Dion-Boutons.

On titrait à 5000 m de haut et 9000 m de distance. Ils nous étaient livrés par le service anti-aérien de l'armée française. Il n'y avait, en 1916, qu 'une seule section de deux pièces pour tout le front belge. En 1918, il y avait 3 sections.

En 1916, nous avions pris position au terminus d'un tram vicinal à La Panne, tout près de la villa royale, où les Allemands avaient envoyé quelques obus ou une bombe de gros calibre.

Je me rappelle vaguement de l'avion repêché à St-Idesbald, où nous avions un poste d'observation. Probablement c'est l'une de nos deux pièces qui a abattu l'avion, parce-que nous avions des pièces de haute précision à la section auto-canons.

Les autres pièces de l'artillerie antiaérienne belge étaient formée par des canons de 75 belges, montés sur roue tournante. On les appelait les " claques-buss ".

 

Les restes de l'Aviatik en 1975.

 

 

Tiens, la profondeur!

Reconstruction du fuselage à l'aide de moyens plus que spartiates.

 

Vu l'état de l'original, un nouveau plancher est créé sur base de l'ancien.

Dernières informations en date

Grâce aux nouvelles recherches effectuées par Yves Duwelz, voici quelques informations complémentaires sur l'Aviatik C-I. 227/16 w/n 832 communiquées par Peter Grosz.

Reconstruction de l'Aviatik C-1

Sur base des nombreux documents récoltés lors de ses recherches, Pierre Cryns a entamé la reconstruction de l'Aviatik à la mi-Juin 1975.

Il subsistait de l'appareil la quasi-totalité de son avant (moteur, section cockpit) et divers morceaux d'empennage, d'aile et de fuselage.

Durant près de trois années, une équipe limitée à deux personnes s'est occupée à reconstituer le fuselage, l'empennage, le train, la totalité des nervures d'ailes et les plans des pièces manquantes nécessaires à la reconstruction de l'appareil.

De nombreuses pièces entrant dans la construction des ailes (base de mât, entre autres) ont été réalisées à l'époque par la FN sur base de plans reconstitués.

Fin 1976, devant l'urgence du sauvetage des restes du triplan Battaille, le travail de reconstruction s'est arrêté.

Aujourd'hui, mi-2003, le fuselage non-entoilé de l'Aviatik est présenté au public sur la galerie 14-18.

Projet Aviatik

Le temps des bénévoles n'étant pas extensible à l'infini, un sponsor sera soliciter pour aider à la finition de l'Aviatik C-1.

Ce sponsoring permettant d'achever le travail par des ateliers spécialisés.

Du fait qu'en 1976 les équipes de restauration étaient encore fort dépourvues en matériel, et du fait des conditions de conservation dans le grand hall (pas de climatisation, oiseaux), l'Aviatik a quelque peu souffert des années de négligences.

 

 

 

 

Il sera donc nécessaire de démonter complètement le fuselage afin de traiter les différents éléments métalliques et de re-manufacturer ceux trop dfaibles pour supporter le poids de l'avion.

Les ailes pourront être construites grâce à de nouveaux longerons d'aile, les nervures ayant déjà été construit en 1976.

D'autres travaux tels que la construction des mâts d'ailes, le réassemblage et la réinstallation du moteur devront également être réalisés.

Références, liens

Les articles suivants décrivent en détail un exemplaire d'Aviatik C-I capturé par les alliés.

  • Flight, February 15, 1917
  • L'Aérophile, 1er-15 Mai 1916
  • L'Aérophile, 1er-15 Octobre 1916

Les articles originaux de "L'Aérophile", difficiles à trouver, sont repris dans "Cross & Cockade Vol.13 No.1 1982"