En
1975, Pierre Cryns découvrit parmi les trésors du musée de l'armée
les restes d'un avion unique au monde, un Aviatik C-1.
Fruits
de longues recherches, voici l'histoire de cette épave, oubliée
depuis plus de 50 ans, vue par le biais des documents et témoignages
de l'époque:
Extrait
de RAPPORT JOURNALIER, Aviation militaire belge
Le 20 mai l9I6, vol de nuit Cne JACQUET - Lt ROBIN 20h05- 20h50
- 2300 G.Q.G.
"Nous
nous sommes trouvés au large de La Panne au milieu d'une dizaine
d'avions ennemis. Avons attaqué successivement 5 avions ennemis.
Le 1er à 300 m, le second à 75 m au-dessus de nous; il a fortement
piqué, Le 3ème à 15 m, nous l'avons abattu; il est tombé en face
de Nieuport-Bains à 2 km en mer. Deux passagers à bord. A 100
m de nous l'observateur avait tiré une dernière fusée. Au-dessus
du plan central il y avait une lumière rose qui nous a fait l'effet
d'une traînée lumineuse comme une chevelure. Cette lumière nous
a permis de suivre la trajectoire de l'avion touché jusqu'à l'eau.
Il est tombé à peu près verticalement. Un Fokker durant ce temps
est venu à 20 m au-dessus de nous; il nous a mitraillés; avons
été touchés . Attaqué le 4ème boche à 300 m de nous, puis un 5ème
A 100 m de ce dernier, la mitrailleuse a coincé. Tous ces avions
ennemis avaient au-dessus du plan central la lumière rose dont
il est question ci- dessus. Ils voyageaient en moyenne à 2300
m De temps en temps ils tiraient des fusées blanches et rouges
apparemment pour rester groupés. Ce système nous a permis de les
retrouver facilement dans la mi-obscurité."
NB : l'avion belge était un Farman F4
Un attelage d'artillerie emporte les restes de l'avion vers la digue
Houtem,
Mai 1916
Auto-canon
Dion Bouton, armée d'un canon de 75mm modèle
1897 !
Courrier
de l'armée
Sur
le front belge. Semaine du 21 au 26 mai 1916.
Aviation
: le 20 mai, au soir, au cours d'un combat aérien au large de
Nieuport, un avion belge abattit un avion allemand qui tomba en
mer. Un autre appareil ennemi, touché par le tir de nos pièces
antiaériennes tombe également en mer ; les occupants se noyèrent
; l'avion put être ramené sur la plage.
Commandement
de l'armée belge
Annexe
au B.I. du 22 mai 1916, lIe Bureau
L'avion
abattu en mer devant St-Idesbald dans la nuit du 20 au 21 mai
est de type Aviatik, modèle 1915 avec moteur Mercedes de 160 HP.
Biplace
avec pilote à l'arrière. Deux supports pour mitrailleuses placés
latéralement et pouvant glisser le long d'une tringle. La mitrailleuse
tire donc uniquement de côté.
Trois
lance-bombes (bombes de 10 kg), placés à côté du pilote mais pouvant
être aussi maniés par l'observateur. Ces lance-bombes ne consistent
qu'en un tube de tôle, sans organe de visée. Une ouverture placée
entre les pieds de l'observateur permet le lancement de projectiles
de moindre dimension.
A bord ne se trouvaient ni appareil photographiques ni appareil
de TSF. Les autres appareils de bord sont d'un type connu. Le
barographe accusait un vol d'une durée de 20 minutes avant la
chute, qui paraît provoquée par une atteinte de shrapnel. La chute,
d'une hauteur de 1800 m, s'est faite en 7 minutes.
Aucune
indication concernant l'escadrille n'a pu être recueillie à bord
de l'appareil.
Extrait
du bulletin d'information du 22 mai 1916
L'appareil
est tombé en mer en face de St Idesbald et a été ramené à la côte.
Après examen, il sera expédié au Havre.
Le poste de pilotage d'un Aviatik flambant neuf.
Le
poste de l'observateur, avec ses boîtes à fusées
et les rails de mitrailleuses.
Le champ de tir des mitrailleuses était
limités par des guides pour limiter la casse.
Vue
d'ensemble d'un Aviatik C-I.
En
Belgique, la zone de l'avant
tableaux,
portraits et paysages 1915-1916 par Henri Malot, librairie académique
Perrin et Cie
Le
lendemain, au petit jour, sur la vaste grève, l'eau de la marée
montante couvrait peu à peu une épave, un avion ennemi touché
par les nôtres et tombé là. Le canot de sauvetage tenta de le
ramener, sans succès ; car le poids de l'épave était trop lourd.
On ne put cette fois que sauver quelques agrès et lever suffisamment
une aile pour prendre le numéro de la machine abattue.
A
la pleine mer, un petit remorqueur et deux barques réquisitionnées
reprirent la besogne, soulevèrent l'avion et réussirent à le conduire
aussi près du bord que le permit leur tirant d'eau.
La
marée descendante échoua définitivement l'épave qu'elle abandonna
sur le sable avec l'air piteux d'un oiseau mouillé, aux ailes
disloquées. Tout d'abord, on ne découvrit nulle trace des aviateurs.
Plus tard, le flot rejeta leurs corps. "
Extrait de
la lettre de Jan Wuyts
A
cette date, j'étais à l'AAA 1er SAC (section autos-canons). C'étaient
des 75 Français spécialement renforcés et montés sur auto Dion-Boutons.
On
titrait à 5000 m de haut et 9000 m de distance. Ils nous étaient
livrés par le service anti-aérien de l'armée française. Il n'y
avait, en 1916, qu 'une seule section de deux pièces pour tout
le front belge. En 1918, il y avait 3 sections.
En 1916, nous avions pris position au terminus d'un tram vicinal à
La Panne, tout près de la villa royale, où les Allemands avaient
envoyé quelques obus ou une bombe de gros calibre.
Je
me rappelle vaguement de l'avion repêché à St-Idesbald, où nous
avions un poste d'observation. Probablement c'est l'une de nos
deux pièces qui a abattu l'avion, parce-que nous avions des pièces
de haute précision à la section auto-canons.
Les
autres pièces de l'artillerie antiaérienne belge étaient formée
par des canons de 75 belges, montés sur roue tournante. On les
appelait les " claques-buss ".
Les restes de l'Aviatik en 1975.
Tiens,
la profondeur!
Reconstruction
du fuselage à l'aide de moyens plus que spartiates.
Vu
l'état de l'original, un nouveau plancher est créé
sur base de l'ancien.
Dernières
informations en date
Grâce
aux nouvelles recherches effectuées par Yves Duwelz, voici quelques
informations complémentaires sur l'Aviatik C-I. 227/16 w/n 832
communiquées par Peter
Grosz.
Reconstruction
de l'Aviatik C-1
Sur
base des nombreux documents récoltés lors de ses recherches, Pierre
Cryns a entamé la reconstruction de l'Aviatik à la mi-Juin 1975.
Il
subsistait de l'appareil la quasi-totalité de son avant (moteur,
section cockpit) et divers morceaux d'empennage, d'aile et de
fuselage.
Durant
près de trois années, une équipe limitée à deux personnes s'est
occupée à reconstituer le fuselage, l'empennage, le train, la
totalité des nervures d'ailes et les plans des pièces manquantes
nécessaires à la reconstruction de l'appareil.
De
nombreuses pièces entrant dans la construction des ailes (base
de mât, entre autres) ont été réalisées à l'époque par la FN sur
base de plans reconstitués.
Fin 1976, devant l'urgence du sauvetage des restes du triplan Battaille,
le travail de reconstruction s'est arrêté.
Aujourd'hui, mi-2003, le fuselage non-entoilé de l'Aviatik est présenté
au public sur la galerie 14-18.
Projet Aviatik
Le
temps des bénévoles n'étant pas extensible à l'infini, un sponsor
sera soliciter pour aider à la finition de l'Aviatik C-1.
Ce
sponsoring permettant d'achever le travail par des ateliers spécialisés.
Du
fait qu'en 1976 les équipes de restauration étaient encore fort
dépourvues en matériel, et du fait des conditions de conservation
dans le grand hall (pas de climatisation, oiseaux), l'Aviatik
a quelque peu souffert des années de négligences.
Il sera donc nécessaire de démonter complètement le fuselage afin de
traiter les différents éléments métalliques et de re-manufacturer
ceux trop dfaibles pour supporter le poids de l'avion.
Les ailes pourront être construites grâce à de nouveaux longerons d'aile,
les nervures ayant déjà été construit en 1976.
D'autres travaux tels que la construction des mâts d'ailes, le réassemblage
et la réinstallation du moteur devront également être réalisés.
Références, liens
Les articles suivants
décrivent en détail un exemplaire d'Aviatik C-I
capturé par les alliés.
Flight, February 15, 1917
L'Aérophile, 1er-15 Mai 1916
L'Aérophile, 1er-15 Octobre 1916
Les articles originaux
de "L'Aérophile", difficiles à trouver,
sont repris dans "Cross & Cockade Vol.13 No.1 1982"